Chapitre 6
Je jette les livres sur le siège du passager et démarre. J’ai juste le temps d’apercevoir Georges et le vigile sortant de la bibliothèque en courant. Je tourne dans la première rue à droite, les pneus crissent sur le gravier, c’est sûr, je vais trop vite.
Mon cœur s’affole, la voiture a des ratés et mon cerveau ne suit plus.
D’ici que je fasse un arrêt cardiaque, un AVC et que la voiture me lâche. Tout ça au moment où j’ai le plus besoin d’eux (mon cœur, mon cerveau et ma voiture).
Surtout ne pas tomber dans un pessimisme mal venu. Foncer et ne pas se poser de questions.
Le chat noir qui traverse la rue s’en tire lui aussi avec une grosse frayeur. Ouf ! Je n’aurais pas supporté d’avoir un chat écrasé sur la conscience. Même noir.
Je regarde dans le rétroviseur. Rien. Je suis déjà au rond-point de la gare. Comment suis-je arrivé jusque-là sans encombres ? Peu importe. L’essentiel est de s’éloigner de la bibliothèque. Je repense à la Méhari bleue et prends la route des Antiques.
Les livres à côté de moi m’intriguent.
« Les manuscrits de la mère Maurte » ?
« La mère Maurte » ?
Et soudain, j’ai la révélation !
La mer Morte !
Mais c’est bien sûr. Pourquoi ai-je compris la mère Maurte ? La faute, sans doute, à l’accent méridional de Georges.
« Les manuscrits de le mer Morte »
Ça ne m’avance guère. Tout ce que je sais de la mer Morte, c’est qu’elle se situe entre Israël et la Jordanie et qu’elle a un taux de sel très élevé.
Je dois coûte que coûte trouver un coin tranquille pour examiner ces manuscrits et démêler ce sac de nœuds.
Arrivé à hauteur des Antiques et de Saint Paul de Mausole, j’hésite. Des cars, des voitures, des touristes accablés de chaleur, il y a foule sur le site. Peut-être au milieu de cette cohue passerai-je inaperçu ? Si je pouvais garer ma voiture derrière les cars, personne ne la remarquerait.
Finalement, je change d’avis et décide de monter vers Les-Baux-de-Provence.
Un coup d’œil dans le rétroviseur me rassure. Les voitures qui me suivent ne semblent pas menaçantes, seulement impatientes de doubler cette vieille guimbarde.
J’accélère et me dirige vers le parking de la Caume. Peut-être trouverai-je un indice ? Ne dit-on pas que les criminels reviennent toujours sur les lieux du crime.
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Sylvie Augustin, ancienne participante des ateliers d’écriture de l’association À nos Plumes avec Clairette Gras.
Chapitre 5
Finalement, en désespoir de cause, je me décidai à parler à Georges.
Le chant des cigales accompagnant mes pas, et tout en cherchant ce brasseur d’air, je me dirigeai discrètement vers la bibliothèque.
Il faisait chaud sous la capuche de ma veste noire (en plus !) mais je me devais de rester caché afin d’éviter tout regard et surtout de me faire remonter les bretelles par le directeur de la bibliothèque.
J’approchai du hall, quand soudainement un éclat doré attira mon attention à travers la vitre.
Une grosse montre clinquante… sûrement celle de Georges.
Je pénétrai discrètement dans la bibliothèque et surpris une conversation.
- Il n’était pas si bon que ça notre plan, il n’est pas encore parti ce con de ch’ti ! J’te l’avais bien dit qu’il allait rester pour mener l’enquête, je te l’avais bien dit… et quand il s’est réveillé si tu avais vu sa tronche, on aurait cru qu’il avait vu le spectre de ses grands-parents…
D’une, mes grands-parents ne sont pas morts et de deux on n’insulte pas mes ancêtres.
Je pris alors un air de débile, chose extrêmement simple et j’avançai vers la salle des archives, tout en faisant mine de ne rien avoir entendu, et j’entrepris de fouiller dans ce qui restait encore en stock.
Alors que j’entrai dans la salle peu éclairée, j’aperçus une vigile, un gros bras pour garder les livres.
Enfin un bon coup de Guide pratique pour fabriquer sa tondeuse à gazon en moins de 30 ans à partir de métal extrêmement toxique et non recyclable suffit pour le mettre K.O.
Je me mis à chercher dans cette pile qui m’avait plus l’air en décomposition qu’autre chose, et ma mission accomplie, je m’en allai flanquer une raclée à ces prétentieux déménageurs.
Sans demander mon reste, je pris mes jambes à mon cou en leur criant :
- J’me tire, je rentre chez moi, vous êtes pas assez accueillants !
Je montai dans ma vieille guimbarde, une vraie fausse larme coulant sur ma joue, les manuscrits sous ma veste.
A cet instant j’étais persuadé d’avoir retrouvé ce que tout le monde croyait perdu…
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Chapitre écrit par Mathis Oubré et Pierre Barreau, dans le cadre de l’atelier d’écriture organisé par l’Espace jeunes et l’association À nos Plumes, animé par Clairette Gras.
Chapitre 4
Décidément, Alphonse Allais n’avait pas raison quand il écrivit : « Si tu ne vas pas à la gare d’Aire, la gare d’Aire n’ira pas à toi ! », puisque la gare d’Aire, ou Lagardaire, comme vous voudrez, venait à moi ! Ces trois cartons, dans cette voiture… C’était trop beau !… Même aperçus de loin !
En tout cas, cette Méhari bleue, il ne devait pas y en avoir des masses dans le massif des Alpilles ! Vite, noter son immatriculation… Trop tard… Elle démarra en trombe… Juste le temps d’apercevoir, sur la plaque « …. YY 13 ». Pfuit ! Pas pu lire le nombre qui précède. C’est mieux que rien !
Ces trois cartons, dans la Méhari, venaient-ils de la « Maison de Nostradamus », ou bien venait-on les livrer là ? Au point où j’en étais, je passai outre ma soif et vins frapper à la porte de l’astrologue, en simple curieux désirant visiter la maison du grand homme ! Test concluant : personne ne m’ouvrit ! Une plaque m’apprit que « Michel de Nostredame » était né là, le 14 décembre 1503, à l’actuel 6 rue Hoche…
Et puis - y a-t-il un hasard ? - mon regard fut attiré une fois encore par un papier froissé, à mes pieds… J’y lus : « Rue Expilly ».
Rasant les murs et les boutiques, du côté de l’ombre, je quittai la rue Hoche, m’avançai jusqu’à la place Favier, remontai un bout de la rue Carnot et m’enfonçai dans cette rue étroite, où une plaque rappelle qu’il y eut là « l’Oustau di Conse », La Maison des Consuls, bref l’hôtel de ville, de 1689 à 1806.
Bingo ! là, au coude même de la rue en « L », au n°1, à l’entrée de l’étroit passage entre l’église et « l’Oustau di Conse », des cartons, sur le sol, m’attendaient !… Un, deux trois… Que faisaient-ils là ? Était-ce les mêmes que ceux de la Méhari ou non ? Une plaque, sur le mur, soudain m’éclaira : « Secours catholique. Bibliothèque ». Et ces cartons, maintenant que je les voyais de près, j’étais sûr que ce n’étaient pas ceux que j’avais péniblement transportés avec Georges et Sylvain : ils étaient tous les mêmes, fabriqués pour ça, de vrais cartons de déménageurs… Tandis que ces trois-là, des cartons ordinaires !
Personne en vue ! J’arrachai la bande collante… Ce sont bien les cartons pleins de livres ! Mais dépareillés, récents : livres de poche, BD, des Harlequins, des polars… Pas un seul « livre ancien » ! Pas plus de « manuscrit » que de parchemin portant des centuries de la main du Maître ! Pas un seul livre avec le tampon de la bibliothèque…
J’étais déçu. Pourtant, ces coïncidences, ça ne pouvait pas être le hasard ! D’autant que, au-dessus des livres du troisième carton, je trouvai une feuille de cahier… La liste des livres, pensai-je, laissés là en don pour cette bibliothèque-là, fermée à cette heure…
Mais, dès le premier regard, je tiquai. J’avais sans doute là un message, un texte codé, incompréhensible sans la clé, ou un texte écrit dans une langue étrangère. Je glissai la feuille dans ma poche et filai au café d’en face. Il était temps, je bouillais… Tout en appréciant la fraîcheur et de la bière et de la salle, je repris mon mystérieux message. Ce que j’avais sous les yeux me laissa perplexe. Le voici :
Crehs aims, vioci les lirves primos par des praticulries. Je jnois un teetx à diffrécher : asumez-vuos bein (Asphonle)
« Si vuos pvueoz lrie ccei, vuos aevz asusi un dôrle de cvreeau. Seleuemnt 55 porsnenes sur cnet en snot cabaples. Je n’en cyoaris pas mes yuex que je sios cabaple de cpormendre ce que je liasis. Soeln une rcheerche fiate à l’Unievristé de Cmabdrige, il n’y a pas d’iromtpance sur l’odrre dnas luqeel les lerttes snot, la suele cohse imotprante est que la priremère et la derènire letrte du mot siot à la bnone palce. La raoisn est que le ceverau hmauin ne lit pas les mtos par letrte mias ptuötl cmome un tuot. Eotnnant, non ?
Avait-il un lien avec le vol des cartons dans les Alpilles ? Faudra voir ça de plus près avec Georges et Sylvain. Je commandai une autre bière et bientôt, fataliste, je me dis : « Après tout, hé ! ce n’était que de vieux bouquins. »
Pourtant, ce Nostradamus, en 1603, cet « Oustau » en 1689, et ce Hoche, ce Carnot et cet Expilly… Je sentais là un parfum d’histoire, et peut-être de livres anciens…
C’est alors que je vis passer, toujours à vive allure, la Méhari bleue, avec ses cartons…
Elle fonçait en direction des Antiques.
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André Bonafos – écrivain, poète, directeur de la revue Mosaïque, président de l’Espace Culture et Tourisme Eyraguais, professeur de lettres retraité.
Chapitre 3
À cette heure avancée de l’après-midi, la chaleur est suffocante. Les choses semblent flotter, incertaines, improbables. Les volets tirés laissent à peine filtrer un rai de poussière qui cherche inlassablement l’issue de secours. Les chats du voisinage se prélassent sur le sofa poussiéreux, sans âge. À leurs moustaches, quelques mouches insolentes tournoient autour de la suspension déglinguée dans un ballet hystérique. Les cigales s’en donnent à cœur joie avec leur crincrin agaçant, perchées sur les platanes du cours. Une pétarade de mob. Ça doit être le fils d’Annie… Quelle idée de rouler en plein cagnard autour du Cours ! Tiens, on dirait qu’il nous fait une repasse… Un bruit curieux suspend le fil de ses pensées.
Tirée de sa rêverie, la vieille se lève prestement pour écarter un pan du rideau qui n’a jamais connu de splendeur. Le boulevard Victor-Hugo est égal à lui-même. Quelques Belges qui rêvent de bastides improbables devant les devantures des agences immobilières. Mais quand même, il y a eu quelque chose. Un frottement. Elle se penche un peu plus, un coup d’œil vers la boutique du chocolatier. Rien de ce côté. Malgré ses 75 ans bien portés, son ouïe est restée acérée. À pas de loup, elle se glisse vers la porte d’entrée. Encore ce frottement, discret mais bien perceptible de l’autre côté de la porte. Le visage fermé, elle s’apprête à ouvrir brusquement quand la sonnette retentit. La vieille n’a pas le temps de réfléchir. Dans un mouvement réflexe, elle a déjà tourné la poignée.
- Excusez-moi, Madame. Je cherche…
Les mots se coincent dans ma gorge desséchée. Cette apparition me glace. Pourquoi suis-je venu ? La piscine municipale est déserte et j’aurais mieux fait de piquer une tête plutôt que de faire la tournée des mamies. Ah oui, les bouquins, ces foutus bouquins…
La vieille n’a pas cillé.
- Je suis un ami de Sylvain.
J’espérais que mon pote me servirait de sésame. Que nenni. Toujours aussi raide.
- … Sylvain de la bibliothèque.
Toujours rien. Elle ne serait pas dure de la feuille ? Je hausse le ton pour couvrir celui des cigales.
- Vous êtes bien Madame Maurte ?
- Je suis bien vivante, jeune homme, et je tiens à le rester.
J’ai n’ai que le temps de retirer mes orteils de l’embrasure avant que la grand-mère ne me claque la porte au nez.
Impossible. J’avais bien vérifié le nom sur la boîte aux lettres. J’y retourne. M.A.U.R.T…É. Nom d’un nom, ces foutus accents sur les majuscules. Pas de doute, c’est la gaffe qu’il ne fallait surtout pas faire. Retour à la case départ.
Mon cerveau amorti me dit qu’il faut faire avancer le schmilblick. Je retire de la poche de mon short le papier froissé trouvé tantôt dans le caniveau. Une facture de gaz… établie en francs. Eh bien, mamie aura fait du tri dans ses affaires. Pourquoi pas, après tout.
Je décide d’aller à la Maison de la presse pour faire, à tout hasard, une photocopie du précieux parchemin. Au moins, j’ai un début de trace de quelque chose…
En passant devant le 9, je m’apprête à traverser. Trop chaud, trop soif. Une Méhari bleu et blanche, garée devant le magasin “la Maison de Nostradamus”, attire mon regard.
Tiens, on dirait qu’on n’est pas les seuls à avoir déménagé.
À l’arrière, un, deux, trois cartons…
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Arrivée de Roumanie en France (Paris) à l’âge de 13 ans, Ioana Zamfirescu vit depuis décembre 2009 à Saint-Rémy-de-Provence. Elle rédige pour la presse et la publicité articles, interviews, brochures…
Chapitre 2
Je les cherche, enfin pas vraiment…
J’étais tout seul à me demander où ils étaient passés, ces bon sang de livres de cuisine écrits il y a je ne sais combien de temps par la Mamie Maurte.
Je vais les trouver où, moi, ces cartons, seul dans les Alpilles ? Je les verrai peut-être au détour d’un chemin, qui sait !
Je ne peux pas aller bien loin à pied pour les chercher, eh oh et merde, tiens ! J’en ai marre.
En ce moment les cartons sont peut-être déjà à Chicago ou à New York, je ne suis ni un pisteur ni Sherlock Holmes.
Personne ne voulait m’aider. D’ailleurs Sylvain me disait :
– Tu ne peux t’en vouloir qu’à toi-même !
En plus j’avais tellement faim que j’aurais pu bouffer le type qui avait fait le coup, comme dit si bien Georges.
Revenons à nos cartons.
Et s’il voulait bien m’aider, cet imbécile de Georges ? Peut-être que l’on avancerait un peu plus vite.
Dans quelle affaire je suis tombé ! Sûrement au beau milieu d’un complot de grands méchants où le seul truc que je vais gagner, ce sera une balle entre les deux yeux.
J’arrivai dans la rue Victor-Hugo quand soudain j’aperçus deux individus portant trois cartons, qui avaient l’air pressé.
Dans le même temps, je ramassai un papier tout froissé sans aucune importance, mais qui avait attiré mon regard car il appartenait à une certaine Madame Maurte…
Alors que la colère s’emparait de moi une illumination divine venue du ciel éclaira la partie obscure de mon esprit.
Il suffisait simplement d’aller voir cette Madame Maurte et essayer de la convaincre de faire un faux.
Mon copain infographiste pourrait sans aucun doute m’aider.
J’appuyai sur le bouton de la sonnette et la porte s’ouvrit brusquement, laissant apparaître une femme au visage austère.
Mais une autre idée me traversa l’esprit, aller chercher Georges et ses rustres acolytes et les faire éventuellement changer d’avis, je commençais à trouver étrange leur comportement…
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Chapitre écrit par Yasmina Ballat, Mathis Oubré et Pierre Barreau, participants réguliers des ateliers d’écriture organisés le mercredi après-midi par l’Espace jeunes et Clairette Gras de l’association À nos Plumes.
L’exercice du “cadavre exquis”, jamais pratiqué au sein de cet atelier, s’est révélé être un nouveau défi pour ces adolescents qui l’ont relevé avec beaucoup de lyrisme.
Chapitre 1 : Les Manuscrits de la mère Maurte
Vingt ans déjà !
Si je m’en souviens de cette journée de 1990 ! Une agence d’intérim d’Avignon m’avait proposé ce job : un déménagement.
Le gars de l’agence avait affirmé :
— Quelques jours de boulot à peine. Du gâteau !
L’employé m’a donné les informations indispensables pour me rendre sur le lieu de travail et a précisé :
— C’est la bibliothèque de Saint-Rémy-de-Provence. Elle change d’emplacement.
Déménager une bibliothèque ! L’idée des cartons de bouquins à soulever, déplacer, poser et reposer m’a presque collé un lumbago. Mon interlocuteur a conclu :
— Bon, vous le prenez, ce job ?
Je n’avais pas les moyens de refuser : j’étais descendu de Créteil pour suivre une Arlésienne fidèle à la légende qui s’était enfuie dès mon arrivée et j’étais paumé, seul et sans ressources dans ce midi inconnu.
Les collègues étaient sympas et m’ont payé l’apéro dès le premier soir. Par contre, le boulot était pénible. Surtout à cause de la chaleur. On n’est pas habitué, dans le grand nord. De l’ancienne bibliothèque, située dans les locaux de la mairie, à la nouvelle, sur le Cours, il n’y a qu’un pas et les brefs trajets en fourgonnette ne suffisaient pas pour récupérer. J’avais l’impression de passer mon temps avec des kilos sur les bras sans un instant de répit.
C’était le troisième jour il me semble. À midi. Juste avant la pause déjeuner. Avec les deux autres déménageurs, on sortait de la belle bâtisse qui allait désormais abriter les livres lorsque le plus âgé, Georges, s’est arrêté dans le petit jardin aux allures exotiques et m’a fait :
— On remplit encore une fois la fourgonnette et on va bouffer. Tu la gardes le temps du repas. On déchargera cet après-midi. Moi, je mange à la maison.
Sylvain, le plus jeune, a signalé qu’il déjeunerait également chez lui. Mes collègues avaient la chance d’habiter sur place.
On a bourré le véhicule de cartons de bouquins. On allait se séparer lorsque Georges m’a rappelé en désignant la camionnette :
— Tu fais gaffe, hein. T’as peut-être pas remarqué mais on a mis deux cartons de vieux livres. Vieux donc précieux. Si tu nous les perds, peuchère, on va se retrouver au chômage de longue.
Sylvain a questionné un peu narquois :
— C’est pas les manuscrits de la mer Morte, au moins ?
— Si. Au moins, a répliqué Georges.
J’ai essayé de me renseigner :
— Les quoi ?
— Les manuscrits de la mer Morte. Tu connais pas ?
J’avais jamais entendu parler des manuscrits de la mère Maurte. Elle était sûrement passée chez Pivot mais je l’avais ratée, la mère Maurte. Ils se sont éloignés sans daigner m’en dire plus. J’ai démarré la fourgonnette et j’ai filé vers les Alpilles.
Depuis deux jours, les collines verdoyantes s’exhibaient à portée de main sans que je n’ai eu une seconde pour m’en approcher. Je disposais d’un peu de temps, et j’en ai profité : j’ai roulé en direction des Baux-de-Provence et me suis arrêté dans la forêt, sur le parking de la Caume. De là-haut, entre les arbres, on pouvait admirer les Antiques, les ruines de Glanum, la ville, ses toits de tuiles rondes et la curieuse coupole de l’église. Le soleil généreux éclairait la plaine jusqu’aux confins d’Avignon. Un coin idéal pour une petite sieste.
Le sommeil a sans doute été agréable parce que je n’ai rien entendu. Le réveil a été plus pénible. La voiture avait été fracturée. Trois cartons avaient disparu. Parmi eux, les livres précieux.
Georges a piqué une colère et a hurlé :
— Que je te revoie pas tant que t’as pas retrouvé les cartons de bouquins !
Et depuis, je les cherche, les manuscrits de la mère Maurte. Dans tout Saint-Rémy et même au-delà.
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Zolma est un auteur saint-rémois de polars.
Auteur aux éditions Jigal de Croisière jaune, Mistral cinglant et Adios Viracocha, romans qui relatent les aventures de Lily Verdine, il a publié auparavant Mort en sauce chez Krakoen, et Sous le pont d’Avignon, nouvelle parue dans le recueil collectif 11 balles perdues aux éditions numériques Caramba publishing.
Son actualité, c’est un roman jeunesse, Pas volé, trouvé chez Rouge safran dans la collection Poivre.